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Psaume 86 (85) dialogué 
Montre moi le chemin
que je dois suivre
O = Officiant A =Assemblée

O   Seigneur tends l’oreille et réponds-moi
A        Dérouté, je suis en train de divaguer.

O   Garde-moi en vie car je me confie en toi
A        Protège-moi car je suis faible et fatigué
 
O   Je me tourne vers toi Seigneur !
A        C'est toi que j’appelle chaque jour.

O   Réjouis le cœur de ton fidèle serveur,
A       Je suis tendu vers toi, mon secours.
 
O   Seigneur tu nous accordes ta grâce bienveillante,
A       Tu es lent à la colère et riche en bonté.

O   Ecoute-moi ! Sois attentif à ma voix suppliante
A       Toi sur qui on peut toujours compter.
 
O   Ce que tu fais, ô Dieu, est incomparable.
A       Un jour tous les humains l’admettront ;

O   Ils reconnaîtront tes œuvres admirables,
A       Et devant toi les nations s’inclineront.
 
O   Montre moi le chemin que je dois suivre,
A       Et je me conduirai selon ta vérité

O   C’est avec ce seul désir que je veux vivre
A        Tous les jours je chanterai ta fidélité.

Vincent Van Gogh
Deux peupliers
sur le chemin
des collines
1889
The Cleveland
Museum of Art
Cleveland (USA)

J’aime Vincent Van Gogh
Cet extraordinaire et peu connu Van Gogh évoque le chemin.
Celui des collines vers lesquelles le croyant est invité à lever son regard (Ps. 121)?
En regardant l'oeuvre de Van Gogh on ne sait trop s'il s'agit d'un chemin "ordinaire" avec ses cailloux ... ou ses pierres tombales? ... ou d’un chemin céleste… dessiné par deux humbles peupliers (loin des cyprès sacrés). Observez cette ambiguïté qui fait de ce tableau peut-être une piste pour dire la foi. Une foi qui s’exprime de manière tortueuse comme est dessiné ce chemin de vie et de lumière si difficile à trouver dans le monde instable qui est le nôtre aussi bien que dans nos existences meurtries.
Le chemin qui semble aller vers les collines, se perd vite dans le lointain de l'horizon, mais celui qui monte en ligne droite (bien que les lignes soient courbées) vers un ciel bleu intense bien qu'incertain nous appelle à une impétueuse clarté.
J’aime Van Gogh, sa passion pour la peinture et pour le mystère. J’aime sa manière de dire le chemin - non pas l’autoroute - vers les collines, cette  façon si discrète de dire la montagne où mon regard sans cesse lorgne à la recherche de ce(lui) qui pourra(it) me secourir comme le dit le Ps. 121…
J'aime sa manière de dire que le chemin n'est peut-être pas là où on le cherche et qu'il nous faut ouvrir les yeux pour voir cet autre chemin qui nous mène au Dieu du ciel au bleu-profond insondable et mouvant qui nous parle de la transcendance, de l’inaccessible, de l’indicible qui bien que Tout-Autre est pourtant Tout-Proche
Montre-moi le chemin qui mène à toi Seigneur… chemin des collines, chemin du Golgotha, chemin du ciel, Chemin du Christ Sauveur qui a passé par les chemins douloureux de la souffrance et de la mort pour accéder à la lumière de la résurrection et  nous y entraîner avec lui.

Commentaire
Le psaume 86  fait partie des « prières individuelles » qui occupent presque le quart du recueil des Psaumes. Le psaume évoque, comme souvent dans ces prières, une meute d’ennemis : des gens orgueilleux, des tyrans sans foi ni loi qui se moquent de Dieu et attentent à la vie du fidèle. Il nous est difficile d’identifier précisément ces persécuteurs car il faudrait pour cela pouvoir dater le psaume ce qui est toujours une entreprise difficile. Toutefois le psalmiste, très centré sur lui-même au début du psaume, met constamment en tension ses ennemis extérieurs, parfois collectifs comme ces nations qui un jour feront acte d’allégeance (v.9) et des ennemis plus intérieurs qui menacent de l’éloigner de Dieu : la détresse (v. 7), les enfers (v. 13) et peut-être des fautes cachées ou ignorées qui lui font sentir le poids d’une culpabilité plusieurs fois évoquée au travers de l’affirmation que Dieu est riche en bonté, qu’il est miséricordieux, qu’il pardonne, qu’il prend pitié.  
Derrière cette invocation du Dieu tout puissant et miséricordieux pointe la vieille idée que la situation de détresse dans laquelle il se trouve est la conséquence d’une faute dont il n’est peut-être lui-même pas conscient. Une sorte de « péché originel » dont on pourrait même avoir perdu la trace, que Dieu devrait pardonner, condition sine qua non pour que soit rétablie l’harmonie intérieure (v.11) aussi bien qu’extérieure (v.9).
Ce « psaume pour les inquiets » qui expriment leurs « tensions » intérieures aussi bien qu’extérieures, individuelle que collective rappelle à tous ceux qui le prient qu’ils peuvent compter sur le Dieu qui s’est révélé à Moïse comme le Dieu lent à la colère, riche en bonté, miséricordieux et bienveillant (Ex 34, 6).  Ils peuvent aussi compter sur ce Dieu incomparablement puissant dont la grandeur un jour sera manifeste même aux yeux de ceux qui ne tiennent pas compte de lui. Cette tension entre ce Dieu à la fois puissant et miséricordieux est le fil rouge du Psaume. Elle résume les tensions que nous pouvons vivre dans nos vies comme celles qui caractérisent notre monde. Ce qui en fait un modèle de prière pour les croyants de tous les temps et de nous encore aujourd’hui.
Le psaume 86 a une valeur pédagogique. Il nous apprend comment passer de notre état de désespoir, face à une situation personnelle et intérieure comme face au monde déchiré dans lequel nous vivons,  à une position où la prière sera juste, confiante, apaisée. Dans la louange, le croyant passe d’une prière centrée sur lui-même et sur sa détresse à une prière apaisée, baignée de la consolation et de la certitude de la présence de Dieu à ses côtés jusque dans la détresse. Le début du psaume est scandé par une suite de raisonnements qui devrait pousser Dieu à agir en sa faveur (car je suis pauvre, car je suis fidèle, car c’est toi que j’appelle, car je suis tendu vers toi, etc…).  Mais petit à petit le psalmiste abandonne cette logique qui confine au harcèlement et passe du JE au TU en mettant Dieu au centre de sa prière. La logique qui prédomine dans la fin du psaume n’est plus celle de la revendication, mais celle du désir: celui de vivre dans la présence divine qui libérera le fidèle de ses malheurs et de son inquiétude. Donne ta force (v.16), conduis-moi selon ta vérité, montre moi ton chemin (v.11). Le Psaume 86 n’est-il pas déjà en lui-même un premier exaucement en traçant ce chemin de prière qui mène à la vie ?