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Ici je vous livre quelques-unes de mes dernières prédications ou parfois les lectures et les notes que j'ai prises en vue de la prédication.

Prédication de baptême du dimanche 24 juin 2018
Texte biblique : Exode 2.1-10, Naissance et enfance de Moise 
Un homme de la tribu de Lévi épousa une femme de la même tribu. La femme devint enceinte, puis mit au monde un garçon. Elle vit que l'enfant était beau et le cacha durant trois mois. Ensuite, ne pouvant plus le tenir caché, elle prit une corbeille en tiges de papyrus, la rendit étanche avec du bitume et de la poix, y déposa l'enfant et alla placer la corbeille parmi les roseaux au bord du Nil. La soeur de l'enfant se tint à quelque distance pour voir ce qui lui arriverait. Un peu plus tard, la fille du Pharaon descendit au Nil pour s'y baigner, tandis que ses suivantes se promenaient le long du fleuve. Elle aperçut la corbeille au milieu des roseaux et envoya sa servante la prendre. Puis elle l'ouvrit et vit un petit garçon qui pleurait. Elle en eut pitié et s'écria: «C'est un enfant des Hébreux! » La soeur de l'enfant demanda à la princesse: « Dois-­je aller te chercher une nourrice chez les Hébreux pour qu'elle allaite l'enfant ? » - « Oui », répondit-elle.
Marc Chagall, Vence, Mosaïque de la chapelle baptismale 
de Notre-Dame de la Nativité Vence (F)  
La fillette alla chercher la propre mère de l'enfant. La prin­cesse dit à la femme: « Emmène cet enfant et allaite-le-moi. Je te payerai pour cela. » La mère prit donc l'enfant et l'allaita. Lorsque l'enfant fut assez grand, la mère l'amena à la prin­cesse; celle-ci l'adopta et déclara: «Puisque je l'ai tiré de l'eau, je lui donne le nom de Moïse.

Prière d’illumination - reprise d’un texte d’Elie Wiesel 

Seigneur, Ta Parole est plus grande que nous, plus profonde que nous. C’est en elle que nous nous élevons. C’est par elle que nous nous abaissons. Elle est refuge pour l’exilé et exil pour le suffisant. Comment ferais-je sans elle pour prier? Comment ferais-je pour pleurer? Pour espérer? Pour me justifier? Quand je suis en danger, elle m’enveloppe ; quand je rêve, elle me protège des cauchemars. Que ta Parole nous pénètre et nous abreuve. Pour que nous puissions recevoir d’elle ce que la vie a de plus beau et de plus généreux : cet élan qui porte vers Toi! Amen

Prédication
« Séparer les enfants et les parents peut causer des dommages psychologiques; Les détenir ensemble n'est pas mieux » titrait le magazine Time cette semaine. Tout le monde a vu cette photo qui a fait le tour de la planète montrant sur un fond rouge, Yanela, une petite fille hondurienne de deux ans en pleurs devant le tout puissant président américain. Ce dernier décidant de traiter les immigrés clandestins comme des criminels mais la loi interdisant d’emprisonner des enfants, il fallait séparer les enfants de leurs parents emprisonnés et placer les enfants dans des foyers situé parfois à l’autre bout du pays.
... Un nouveau roi commença à régner sur l'Égypte, mais il ne savait rien de Joseph.  Il dit à son peuple : « Voyez, les Israélites forment un peuple plus nombreux et plus fort que nous. Il faut trouver un moyen pour limiter leur nombre.
A plus de trois mille cinq cents ans de distance, l’histoire se répète... Le nouveau président semble ne rien savoir du passé de son pays dont la population est essentiellement composée d’enfants de migrants.
Il a tout simplement a oublié – ou jamais voulu apprendre - le poème d'Emma Lazarus gravé sur le socle de la Statue de la Liberté que tous les petits américains du temps de son enfance devaient apprendre par cœur:
“Donne-moi tes pauvres, tes exténués
Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres,
Le rebus de tes rivages surpeuplés,
Envois les moi, les déshérités,
Que la tempête me les rapporte
De ma lumière, j’éclaire la Porte d’Or!”
Mais la résistance aux ordres de Pharaon s’organise... les décrets ne sont pas exécutés par les sages-femmes qui ont ordre de tuer les nouveaux-nés de sexe masculin ...
De même aujourd’hui des psychiatres spécialistes de l’enfance à la princesse, qui appelle à « gouverner avec le cœur » la résistance s’organise...
Furieux ... le Pharaon, plus populiste que jamais « ordonne à tout son peuple » de jeter les nouveaux nés dans le Rio Grande ...   : « Jetez dans le Nil tout garçon hébreu nouveau-né ! »
L’exégèse chrétienne a vu depuis 2000 ans dans le Pharaon la préfiguration du Roi Hérode qui envoie ses sbires tuer les petits enfants de Bethléem.
Mais aujourd’hui on se rend bien compte que le Pharaon  est la figure de tous ceux qui arrivés au faîte de la puissance n’écoutent plus que la peur et l’angoisse d’une partie de leur peuple... au lieu de les conduire à agir avec justice et confiance.
Victor Orsel (1795-1850) Moïse présenté à Pharaon (1821) Musée des Beaux-Arts de Lyon
Alors, la vie d’un enfant ne vaut rien ! Alors on peut noyer, gazer, enfermer, séparer les enfants de leurs parents... Alors on peut basculer dans l’inhumanité la sauvagerie, la brutalité, la cruauté, la barbarie. Le choix de gouvernance mis en exergue ici par le récit biblique est bien celui qui nous touche tous... à commencer par les plus démocrates du pays le plus démocratique de la planète : voulons-nous gouverner avec la peur... ou avec le cœur ? Dans notre pays, ce choix vous appartient...
Dans l’histoire de l’art, on recense un nombre incalculable de tableaux, tapisseries, dessins, estampes, sculptures, et objets d’art divers conservés à ce jour qui représentent Moïse découvert près des rives du Nil. Rien qu’au 17e siècle, plus de 400 œuvres majeures ou significatives en France, en Italie et aux Pays-Bas. Preuve s’il en est que ce texte ne cesse de nous interroger à travers les âges sur la question fondamentale du respect attaché à la vie humaine – ce qu’on appelle communément les droits de l’homme -  et particulièrement celui des enfants et singulièrement des enfants de migrants.
Sans doute dimanche passé, à l’occasion du dimanche des Réfugiés, avez-vous pu approfondir la question des migrants. Une question qui secoue nos sociétés occidentales marquées à la fois par la prospérité et par la dénatalité. Une question complexe qu’il nous faut prendre au sérieux en écoutant sans doute les craintes exprimées par une partie de la population, mais en tenant aussi fermement les principes qui rendent nos sociétés si attractives, le respect absolu des droits humains, dont l’expression actuelle doit beaucoup non seulement à la philosophie des Lumières, mais aussi à la pensée biblique, judeo-chrétienne.

Mais assez parlé du Pharaon, revenons maintenant à l’enfant,  tant il est vrai que dans ce récit, il ne manque rien pour un jour de baptême d’enfant ...  Il ne manque rien pour dire quelque chose du sens du baptême… L’amour entre un homme et une femme, la maman, le bébé, la sœur, l’eau, la marraine-princesse... tout y est !
Le rude contexte dans lequel naît Moïse, nous dit que mettre un enfant au monde est une aventure qui ne va pas de soi ...  Même si aucun Pharaon ne nous menace, même si on a tout prévu, tout préparé pour la venue d’un enfant, la vie, on le sait et on le voit en regardant un tout petit, est quelque chose d’incroyablement fragile...  
Mais aussi d’incroyablement beau... Et ici on je ne peux que souligner ce passage du récit qui nous dit que la maman de Moïse le trouve « beau » ! J’aime ce regard de la maman ... car c’est celui qui fait vivre ! C’est dans le regard de celle ou de celui qui me trouve « beau » que je peux vivre !  Et bien sûr ce regard n’est pas que celui de la maman de Moïse... c’est bien sûr celui de Dieu lui-même qui après avoir fait  l’être
Jean-Jules Allasseur (1818-1903)                                            humain voit et trouve que ce qu’il a créé est  Moïse sauvé des eaux, Musée de Lille                            très beau!

Fragile et beau, à la fois il faut le protéger, mais aussi le laisser grandir... le confier à la vie...
Pour la maman de Moïse... ce lâcher-prise va intervenir très vite... au bout de trois mois... déjà elle doit le confier aux eaux du Nil... des eaux dans lesquelles ont peut aussi voir celles du baptême qui, dans la perspective chrétienne nous parle à la fois de mort et de vie... « Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c'est en sa mort que nous avons été baptisés? » dit l’apôtre Paul aux Romains (Ro 6,3) !
Combien de prières ont accompagné cette petite arche – non pas de Noé, mais de Moïse – à un seul occupant ? Comme aujourd’hui encore le baptême d’un enfants s’accompagne de prières ... Tout le récit, nous parle ici de la confiance... un mot qui dit aussi ce qu’est la FOI ! Faire baptiser son enfant, c'est, dans la foi remettre avec confiance sa vie à la grâce de Dieu…
Baptiser son enfant, c'est, avec foi, appeler sur lui la bénédiction, cette protection divine sur ce petit être à la fois si beau et vigoureux et si fragile et vulnérable…
Aujourd’hui encore, que pouvons-nous faire d'autre que ce que fait la mère de Moïse… confier son enfant au grand fleuve de la vie… avec tous les dangers qu'il comporte. Et avec cette première séparation cette première déchirure qu’a du sentir la mère de Moïse lorsqu’elle a vu s'éloigner le fruit de sa chair...
Faire confiance… que les eaux ou les crocodiles… (au bord du Nil) ne vont pas engloutir ce qui nous est si précieux … Laisser aller…  ... et pourtant de loin, veiller ! Car l’enfant n’est pas abandonné au fleuve ...  il lui est confié ! La confiance, c'est sans doute le moteur de la vie…
C'est ce qui nous permet de risquer la vie, de choisir de mettre au monde un enfant, malgré tout… malgré ce que l'on sait du monde, de ses dangers, de ses menaces, de ses pièges, de ses Pharaons….
Et le baptême est là ce matin comme pour confirmer votre choix de la confiance, cher parents, pour vous dire que dans ce choix, vous n'êtes pas seuls, que Dieu est là, qu'il veille sur votre enfant, sur son destin humain, et comme nous l’avons entendu dans le récit de l’Institution du baptême, non seulement dans cette vie, mais pour toujours...
Car le baptême en nous reliant à Dieu nous fait entrer dans l’infini ! Il nous relie à ce Dieu qui nous a appelé à la vie, pour cette vie terrestre, mais aussi, dans le Royaume qui vient, règne de la justice, de la paix, de l’amour. C’est cette vie et cette perspective qui est offerte dès aujourd'hui à votre enfant comme à tous les baptisés, car le baptême n'est pas que d'un jour,… il a le goût et le parfum de l'éternité…    Amen

The New Colossus

Sur sa base, la Statue de la Liberté porte depuis 1903 une plaque de bronze sur laquelle est gravé The New Colossus.

Le poème écrit en 1883 pour la Statue de la liberté, s'adresse aux 20 millions de migrants qui sont arrivés sur les côtes de Liberty Island de 1890 à 1924. Il fait réféfrnce au Colosse de Rhode l'une des 7 merveilles du monde antique 


Not like the brazen giant of Greek fame
With conquering limbs astride from land to land;
Here at our sea-washed, sunset gates shall stand
A mighty woman with a torch, whose flame
Is the imprisoned lightning, and her name
Mother of Exiles. From her beacon-hand
Glows world-wide welcome; her mild eyes command
The air-bridged harbor that twin cities frame,
"Keep, ancient lands, your storied pomp!" cries she
With silent lips. "Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore,
Send these, the homeless, tempest-tossed to me,
I lift my lamp beside the golden door!"
Traduction française du poème Le Nouveau Colosse d'Emma Lazarus
Non pas comme ce géant de cuivre célébré par les Anciens,
Dont le talon conquérant enjambait les rivages,
Ici, devant nos portes battues par les flots
Et illuminées par le couchant
Se dressera une femme puissante,
La flamme de sa torche
Est faite de la capture d’un éclair
Et son nom est Mère des Exilés.
De son flambeau
S’échappent des messages de bienvenue au monde entier ;
Son regard bienveillant couvre
Le port, les deux villes qui l’entourent et le ciel qui les domine,
“Garde, Vieux Monde, tes fastes d’un autre âge” proclame-t-elle
De ses lèvres closes. “Donne-moi tes pauvres, tes exténués
Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres,
Le rebus de tes rivages surpeuplés,
Envois les moi, les déshérités,
Que la tempête me les rapporte
De ma lumière, j’éclaire la Porte d’Or!”

Dieu et l'argent

Matthieu 6 :24-34  A chaque jour suffit sa peine

Chers frères et sœurs, J’ai des fins de mois difficiles…  surtout les 30 derniers jours !

Ce gag signé Coluche ne vous fait peut-être pas rire… Parce que parmi nous, dans l’Eglise, comme dans la société, comme dans le monde, les disparités économiques sont telles que certains tirent le diable par la queue toute leur vie, tandis que d’autres ne se sont jamais posé la question de savoir comment ils allaient finir le mois…

Disparités économiques… J’ai lu dans les journaux que la moitié des Egyptiens vivaient avec moins de 2 dollars par jours tandis que leur président et sa famille cumulait une fortune de 40 à 70 milliards… Mais que signifie une telle fortune ? Qu’est-ce qu’un homme de 83 ans peut faire avec ça ? On ne peut pas manger plus que ce que notre estomac supporte et on ne peut pas se vêtir de plus d’un vêtement à la fois…

Mais sans aller jusqu’en Egypte, ici, chez nous, les disparités existent aussi, même si elles ont des tournures moins dramatiques à cause du filet social… Ces disparités révèlent le rôle que joue l’argent dans la vie de l’être humain. L’argent, toujours l’argent !   … c’est ce qui fait tourner le monde et courir les gens et ce n’est pas nouveau… Jésus qui sans être du monde était dans le monde savait bien l’importance de l’argent et il l’empoigne à plusieurs reprises dans son enseignement… Oh il n’écrit pas un petit livre blanc, vert, rose ou rouge de l’économie où il exposerait sa doctrine et nous expliquerait par quel moyen on pourrait sauver le monde… Pas de traité politique ni économique, pas de doctrine sociale,  Jésus ne se présente pas aux élections… Justes quelques paroles simples, compréhensibles, accessibles, à la portée de tous… Mais si déroutantes, si surprenantes !

Prenez simplement l’entrée en matière : Nul ne peut servir deux maîtres…. Au temps de Jésus, tout le monde comprend ça : les maîtres les serviteurs, c’est comme aujourd’hui, les patrons et les employés, les chefs et les subordonnées, les officiers et les soldats… Et on sait bien qu’un soldat ne peut pas obéir à deux officiers en même temps… Ordre, contrordre, désordre… Si j’ai deux chefs, je vais aussi faire la différence, avoir une préférence… dit Jésus…   En forçant le trait, il montre que celui se trouve dans cette situation est divisé, partagé, déchiré… Un cœur déchiré soumis aux sentiments contradictoires et à des sentiments dont la violence peut nous surprendre: aimer – haïr, ce sont des mots forts, puissants, extrêmes : … ou bien il haïra le premier et aimera le second. Mais ce qui surprend le plus… c’est la chute de cette entrée en matière : Nul ne peut servir Dieu et Mamon, Dieu et l’argent.

Jésus nous fait quitter une simple relation de maître à serviteur, de patron à employé pour nous faire entrer dans un langage proprement religieux. Jésus nous présente Dieu et l’Argent comme deux dieux égaux  entre lesquels nous sommés de choisir ! Si Jésus a raté son casting pour être candidat sur les listes d’un parti politique, il a aussi raté l’examen de consécration, car c’est bien connu… Il n’y a qu’un seul Dieu et il ne saurait être question qu’on remette cette affirmation en cause… « Tu aimeras le Seigneur lui seul » … à l’exclusion de tout autre !  « La Loi et les Prophètes » peuvent se résumer dans une lutte, un combat acharné contre l’idolâtrie. Il ne saurait y avoir deux Dieux et Jésus nous emmène en eaux troubles en mettant Dieu et l’argent sur le même plan…

A moins que …forçant le trait, provoquant, défiant ses adversaires, il ne veuille nous alerter sur la puissance de l’argent lorsqu’il est élevé au rang d’une divinité toute-puissante et qu’il nous invite à découvrir quelle sorte de maître se cache derrière l’un et l’autre. Commençons par l’argent. Ne faisons pas de contresens… Jésus n’est pas contre l’argent en soi… L’argent comme moyen d’échange, comme facteur de socialisation de l’être humain, comme moteur de l’économie et du développement, comme source d’énergie parmi les plus efficaces pour faire accéder l’homme à son humanité n’est certainement pas dénoncé comme mauvais. Jésus ne nous invite ni au mépris de l’argent ni à l’irresponsabilité et il connaît les besoins fondamentaux de l’homme: la nourriture, le vêtement, à quoi on pourrait ajouter aujourd’hui, le logement, l’éducation et les soins…

C’est l’argent en tant que maître qui est visé… Car si les journaux stigmatisent l’avidité des autocrates, des dictateurs et des tyrans, il faut bien le reconnaître, à un tout autre niveau peut-être, nous ne valons guère mieux ! L’argent ne fait pas le bonheur dit le proverbe, mais il y contribue, c’est bien connu ! Beaucoup pensent qu’avec beaucoup d’argent, ils seront plus libres et plus heureux. Ils se sentiront plus en sécurité et leur avenir leur paraîtra assuré ! Beaucoup pensent, et nous aussi souvent, que l’argent non seulement est à même d’assurer notre minimum vital, mais nous permet d’«être quelqu’un». C’est cette peur de ne pas exister, ou de ne pas exister assez qui attise ce désir très individualisé de posséder, d’accumuler mais aussi de consommer et de paraître jusqu’à la frénésie. C’est ici que l’argent se révèle comme un maître exigeant qui tient celui qui le sert dans un dur esclavage. Car quand on est obsédé par l’envie d’en gagner toujours plus, ce que nous possédons finit par nous posséder. D’une part nous n’en avons jamais assez et les biens que nous possédons nous laissent toujours insatisfaits. De toute façon, un jour ils se révéleront d’aucune utilité : « la dernière chemise n’a pas de poche » ! D’autre part, il se révèle comme une divinité féroce qui ne recule devant rien pour nous avilir : lorsque l’argent est le maître, n’engendre-t-il pas un cortège de malheurs comme l’exploitation sans limites de la nature, l’aliénation des hommes, le chômage, les disparités et les inégalités, l’injustice et la violence ?

A ce maître cruel, Jésus en oppose un autre : un maître que Jésus nomme « Père »… un père qui aime ses enfants et en prend soin. Et le maître Dieu non seulement nous offre ce que l’argent fait miroiter aux yeux des hommes, la liberté et le bonheur, mais il nous offre ce que l’argent ne peut offrir : la liberté et la vie ! Car dans l’appel à ne pas se faire de souci pour le lendemain, c’est bien un appel à la liberté et à confiance qui résonne… L’homme en tension, déchiré à l’horizontale entre son désir de servir Dieu et son souci d’être en manque de nourriture, de vêtement de logement etc.. est invité à la verticalité… Certes il peut connaître des fins de mois difficiles,  mais la confiance qu’il peut mettre en ce Père qui « sait ce dont nous avons besoin » peut seule nous délivrer du stress que représentent les soucis matériels. Jésus nous invite ainsi à mettre d’autres priorités que la recherche de biens matériels. Il nous invite à trouver notre paix et notre harmonie intérieure dans une tension verticale… Il nous invite à vivre dans le présent (à chaque jour suffit sa peine) et à trouver dans notre présent la … Présence.

Cette Présence qui est à l’origine et à l’horizon de notre vie, cette Présence qui ne nous fera pas défaut, ni lors des fins de mois difficiles, ni lorsqu’il faudra quitter ce monde. Le Royaume de Dieu qu’il faut chercher, c’est cette Présence, présence de Dieu au cœur de notre vie qui nous met en tension d’une autre manière, non pour faire de nous des hommes déchirés entre notre désir de servir Dieu et l’obsession de couvrir nos besoins matériels, mais entre l’attente de Dieu et notre action dans le monde.   Car ce n’est pas seulement le Royaume de Dieu qu’il faut chercher, mais encore sa justice… En nous décentrant de nous-mêmes, pour nous élever dans la recherche de Dieu, nous sommes libérés et capables de porter un regard ouvert sur le monde où d’innombrables humains vivent dans des conditions bien plus précaires que les nôtres…

C’est là qu’il faut travailler pour la justice qui veut que tous, et non seulement moi, connaissent la liberté et le bonheur. En étant libérés des soucis pour le lendemain, nous pouvons nous consacrer à Dieu et à nos frères… ce qui nous fera découvrir, en plus du bonheur et de la liberté, un chemin de vie et de confiance, un chemin d’enfant du seul Dieu qui mérite d’être servi : le Dieu d’amour.        Amen

Matthieu 6 :24-34  A chaque jour suffit sa peine 6 24 « Personne ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra le premier et aimera le second ; ou bien il s'attachera au premier et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'argent. » 25 « Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas au sujet de la nourriture et de la boisson dont vous avez besoin pour vivre, ou au sujet des vêtements dont vous avez besoin pour votre corps. La vie est plus importante que la nourriture et le corps plus important que les vêtements, n'est-ce pas ? 26 Regardez les oiseaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent pas de récoltes dans des greniers, mais votre Père qui est au ciel les nourrit ! Ne valez-vous pas beaucoup plus que les oiseaux ? 27 Qui d'entre vous parvient à prolonger un peu la durée de sa vie par le souci qu'il se fait ? 28 « Et pourquoi vous inquiétez-vous au sujet des vêtements ? Observez comment poussent les fleurs des champs : elles ne travaillent pas, elles ne se font pas de vêtements. 29 Pourtant, je vous le dis, même Salomon, avec toute sa richesse, n'a pas eu de vêtements aussi beaux qu'une seule de ces fleurs. 30 Dieu habille ainsi l'herbe des champs qui est là aujourd'hui et qui demain sera jetée au feu : alors ne vous habillera-t-il pas à bien plus forte raison vous-mêmes ? Comme votre confiance en lui est faible ! 31 Ne vous inquiétez donc pas en disant : «Qu'allons-nous manger ? qu'allons-nous boire ? qu'allons-nous mettre pour nous habiller ?» 32 Ce sont les païens qui recherchent sans arrêt tout cela. Mais votre Père qui est au ciel sait que vous en avez besoin. 33 Préoccupez-vous d'abord du Royaume de Dieu et de la vie juste qu'il demande, et Dieu vous accordera aussi tout le reste. 34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : le lendemain se souciera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. »


La brebis perdue …et retrouvée Icône contemporaine (2008) inspirée de l’iconographie byzantine non signée de Sylvie Knap

  La Drachme perdue  (tableau  réalisé pour « Les paraboles » en 1905-1906) par le peintre Eugène BURNAND (1850 - 1921)

Luc 15 11-32        Mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie

Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : «Mon père, donne-moi la part de notre fortune qui doit me revenir.» Alors le père partagea ses biens entre ses deux fils. Peu de jours après, le plus jeune fils vendit sa part de la propriété et partit avec son argent pour un pays éloigné. Là, il vécut dans le désordre et dissipa ainsi tout ce qu'il possédait. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à manquer du nécessaire. Il alla donc se mettre au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya dans ses champs garder les cochons. Il aurait bien voulu se nourrir des fruits du caroubier que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. Alors, il se mit à réfléchir sur sa situation et se dit : «Tous les ouvriers de mon père ont plus à manger qu'ils ne leur en faut, tandis que moi, ici, je meurs de faim ! Je veux repartir chez mon père et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre Dieu et contre toi, je ne suis plus digne que tu me regardes comme ton fils. Traite-moi donc comme l'un de tes serviteurs.» Et il repartit chez son père. « Tandis qu'il était encore assez loin de la maison, son père le vit et en eut profondément pitié : il courut à sa rencontre, le serra contre lui et l'embrassa. Le fils lui dit alors : «Mon père, j'ai péché contre Dieu et contre toi, je ne suis plus digne que tu me regardes comme ton fils...» Mais le père dit à ses serviteurs : «Dépêchez-vous d'apporter la plus belle robe et mettez-la-lui ; passez-lui une bague au doigt et des chaussures aux pieds. Amenez le veau que nous avons engraissé et tuez-le ; nous allons faire un festin et nous réjouir, car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et je l'ai retrouvé.» Et ils commencèrent la fête.  « Pendant ce temps, le fils aîné de cet homme était aux champs. A son retour, quand il approcha de la maison, il entendit un bruit de musique et de danses. Il appela un des serviteurs et lui demanda ce qui se passait. Le serviteur lui répondit : «Ton frère est revenu, et ton père a fait tuer le veau que nous avons engraissé, parce qu'il a retrouvé son fils en bonne santé.» Le fils aîné se mit alors en colère et refusa d'entrer dans la maison. Son père sortit pour le prier d'entrer. Mais le fils répondit à son père : «Écoute, il y a tant d'années que je te sers sans avoir jamais désobéi à l'un de tes ordres. Pourtant, tu ne m'as jamais donné même un chevreau pour que je fasse la fête avec mes amis. Mais quand ton fils que voilà revient, lui qui a dépensé entièrement ta fortune avec des prostituées, pour lui tu fais tuer le veau que nous avons engraissé !» Le père lui dit : «Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce que je possède est aussi à toi. Mais nous devions faire une fête et nous réjouir, car ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et le voilà retrouvé !» 

Le fils perdu …et retrouvé Par le peintre contemporain Arcabas (Jean-Marie Pirot) Le Fils Prodigue  (2002) Chapelle de la Réconciliation de Costa Serina  Bergame – Italie
Peinture sur toile – techniques mélangées 1,30 x 1,62 m

La porte étroite où le désir de Dieu

Il semble y avoir comme une contradiction dans les lectures proposées pour  de ce dimanche : le prophète Esaïe invite tous les peuples à se réjouir devant la gloire du Seigneur qui sauve tous les hommes; mais Jésus, dans l’évangile du jour, semble limiter le nombre des sauvés : Seuls le seront ceux qui passeront par la porte étroite ! Une lecture attentive balaie cette apparente contradiction : ce ne sont pas ceux qui croient être les plus proches qui seront nécessairement sauvés, mais les gens du monde entier qui répondront à l’appel du Seigneur pour entrer dans le Royaume.

L’Epître aux Hébreux quant à elle pose la question d’une foi mise à l’épreuve. Si la réponse de l’apôtre à la question de l’épreuve peut nous sembler contestable, (la souffrance est assimilée à une correction) le croyant est invité à tenir bon, à fortifier sa foi malgré et dans l’épreuve en ayant en vue l’objectif : la justice et la paix.

Au centre de ces textes, c’est bien la question de la foi, comme moyen du salut, qui est posée : qui sera sauvé ? peut-on être sûr de son salut ? à quelle conditions ?

Esaïe 66, 18-21             Ne croyez pas que Dieu vous appartienne !

Étant donné leurs pratiques et leur projet, dit le Seigneur, le moment est venu pour moi de rassembler des nations de toutes langues, pour qu'elles contemplent ma glorieuse présence.
Je mettrai chez elles un signe de mon autorité. Quant à ceux qui auront survécu à mon jugement, je les enverrai chez les peuples de Tarsis, de Poul, de Loud — les spécialistes du tir à l'arc — chez les gens de Toubal et de Yavan et dans les îles lointaines, partout où l'on n'a jamais entendu parler de moi, partout où l'on n'a jamais vu ma gloire. Et mes envoyés révéleront ma gloire à ces nations. Alors ces nations ramèneront tous vos frères de race qui étaient chez elles : à cheval, en char ou en chariot couvert, à dos de mulet ou de chameau, jusqu'à la montagne qui m'est consacrée à Jérusalem, dit le Seigneur. Ce sera leur offrande pour moi ; je l'accueillerai comme celle que les Israélites apportent à mon temple dans des plats purifiés. J'irai même jusqu'à choisir dans ces nations des prêtres et des lévites, déclare le Seigneur.
 
Ce sont pratiquement les derniers mots du livre du prophète Esaïe. La troisième partie du livre qui porte le nom de ce prophète date de la fin du long exil à Babylone, vraisemblablement après le retour sur la terre des ancêtres. Le peuple est habité à la fois par des sentiments de joie et des désillusions. Joie, car après la dispersion, vient le temps du rassemblement. Mais aussi désillusions, car tout n’est pas comme le peuple l’avait rêvé : d’autres peuples habitent la terre d’Israël, et retrouver son identité de peuple de Dieu n’est pas simple. Jérusalem, “la montagne sainte” du Seigneur, devient signe du Salut  non seulement pour le peuple d’Israël mais également pour toutes les nations « païennes » parmi lesquelles Dieu se choisira des « prêtres ». Mais aussi choquant et déstabilisant que cela soit, c’est bien ce que Dieu dit à son peuple par l’intermédiaire de son prophète. Alors, le peuple reçoit une mission : celle d’annoncer à tous les peuples la gloire de Dieu, les merveilles qu’il réalise pour son propre peuple, et qu’il veut élargir à tous. Cette volonté du Seigneur fait éclater les anciennes barrières, qui tenaient les nations païennes à distance de Jérusalem et du Temple... et donc du Seigneur. C’est la notion même d’élection (peuple choisi) qui se trouve bouleversée : le peuple d’Israël demeure le peuple élu, mais il est choisi pour que tous les peuples se rassemblent.

Hébreux 12, 5-7 et 11-13    Ne vous laissez pas ébranler dans votre foi
 

Avez-vous oublié l'exhortation que Dieu vous adresse comme à ses fils ? « Mon fils, ne crains pas d'être corrigé par le Seigneur, et ne te décourage pas quand il t'adresse des reproches. Car le Seigneur corrige celui qu'il aime, il frappe celui qu'il reconnaît comme son fils.» Supportez les souffrances par lesquelles Dieu vous corrige : il vous traite en effet comme ses fils. Existe-t-il un fils que son père ne corrige pas ? Quand nous sommes corrigés, il nous semble au moment même que c'est là une cause de tristesse et non de joie. Mais plus tard, ceux qui ont reçu une telle formation bénéficient de l'effet qu'elle produit : la paix associée à une vie juste. Redressez donc vos mains fatiguées, affermissez vos genoux chancelants ! Engagez vos pas sur des sentiers bien droits, afin que le pied boiteux ne se démette pas, mais qu'il guérisse plutôt.


  Luc 13, 22-30            La porte étroite ou le risque de la foi !

Jésus traversait villes et villages et enseignait en faisant route vers Jérusalem. Quelqu'un lui demanda : « Maître, n'y a-t-il que peu de gens qui seront sauvés ? » Jésus répondit : « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite ; car, je vous l'affirme, beaucoup essayeront d'entrer et ne le pourront pas.  «Quand le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte à clé, vous vous trouverez dehors, vous vous mettrez à frapper à la porte et à dire : «Maître, ouvre-nous.» Il vous répondra : «Je ne sais pas d'où vous êtes !» Alors, vous allez lui dire : «Nous avons mangé et bu avec toi, tu as enseigné dans les rues de notre ville.» Il vous dira de nouveau : «Je ne sais pas d'où vous êtes. Écartez-vous de moi, vous tous qui commettez le mal!» C'est là que vous pleurerez et grincerez des dents, quand vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le Royaume de Dieu et que vous serez jetés dehors !  Des hommes viendront de l'est et de l'ouest, du nord et du sud et prendront place à table dans le Royaume de Dieu. Et alors, certains de ceux qui sont maintenant les derniers seront les premiers et d'autres qui sont maintenant les premiers seront les derniers. »
 
Ici, Jésus reprend la parole prophétique d'Esaïe qui annonce le rassemblement de toutes les nations à Jérusalem. Mais dans sa bouche cela résonne comme un avertissement – et même une menace – pour le cercle de ses auditeurs : Ne croyez pas que Dieu vous appartienne, ne croyez pas que le fait de m'avoir rencontré, bu et mangé avec moi fera de vous automatiquement les hôtes du Royaume de Dieu ! Le Royaume de Dieu n’appartient pas à un cercle d’ «élus» défini par les frontières du sol ou du sang, mais à ceux qui le cherchent et le désirent de tout leur cœur.

Tout ce récit tourne autour de cette question:“N’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ?” La réponse ne doit pas oublier que cette question est posée alors que Jésus “ marche vers Jérusalem”, le lieu de son destin.

Dans ce texte à tiroirs Jésus nous dit au moins trois choses essentielles:
 

1. il déplace la question qui lui est posée : le salut n’est pas une question de nombre, mais une question de désir fort, voire de combat (efforcez-vous!).
Le salut n'est pas réservé à un petit cercle d'initiés privilégiés triés sur le volet, mais à tout ceux qui manifestent un intense désir de connaître Dieu (Le Royaume de Dieu, c'est Dieu lui-même, sa présence).

2. le salut ne dépend pas d’une connaissance théorique, mais d’une expérience forte  qui implique une décision, un risque, (Abraham les prophètes,=  le risque de la foi) un choix non conventionnel, choisir une porte étroite (= cachée ? peu prestigieuse ? ou plus rebutante ?)

3. Le salut est une question urgente qu’on ne peut éluder ! Il y a urgence ! il faut se dépêcher, car la porte ne va pas rester ouverte longtemps; le maître de maison (Jésus) va la refermer. Inutile de tergiverser. C’est maintenant ou jamais!

Jésus s’adresse là aux croyants d’Israël, qui hésitent à le suivre…
Attention dit Jésus ! si votre désir faiblit, si vous ne voulez pas vous engager, si vous ne voulez pas prendre ici et maintenant sans délai, le risque de la foi, ceux que vous estimez hors du salut viendront prendre votre place. ”On viendra des quatre points cardinaux pour prendre place au festin du Royaume. La venue du Royaume de Dieu entraîne vraiment un renversement des valeurs humaines et religieuses : “ les premiers seront les derniers...

Toutefois il faut bien faire remarquer que Jésus ne dit pas que ce ne sont les nations qui remettent  en cause la place des « croyants d’Israël » ! En fait il y a de la place pour tous !! Mais dit Jésus ! vous ne pouvez pas vous reposer sur votre appartenance au peuple de Dieu (Israël) pour vous imaginer sauvés !


Le salut est une question personnelle, individuelle, fruit d’engagement fort de la part de Dieu pour tous les hommes mais aussi fruit d’un désir et d’un engagement fort de la part de chaque être humain, indépendamment de sa tradition religieuse.
Ainsi pour Jésus chacun peut être sauvé. Il suffit d’accepter ce don de Dieu, que l’on vienne d’Israël ou des nations païennes.