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Psaume 4 dialogués :    Deux variantes pour ce psaume 
La première résolument moderne, met en scène le croyant blessé par la vision d'une humanité qui vit sans Dieu et a le goût du néant. Le psalmiste se sent pèrofondément blessé par l'attitude de ces gens qui peut-être se moquent de lui - et de Dieu - dans leur course à l'abîme. Dans la prière le psalmiste va trouver l'apaisement et esquisser pour ceux qui cherchent la clé du bonheur et de la joie quelques pistes... celles qu'il a lui même éprouvée dans le silence, dans l'esprit en éveil et dans la joie qui vient de la foi.
La deuxième variante est plus traditionnelle dans son interprétation: au milieu des cris, des imprécations et des rires moqueurs d'une humanité dévoyée, le croyant qui met sa confiance en Dieu ne se laissera pas atteindre par les turpitudes des humains sans foi ni loi, mais laissera descendre dans son coeur la joie de Dieu et rayonnera de cette paix qui surpasse toute intelligence comme le Christ dans le portement de la croix de Hieronymus Bosch, Le Portement de Croix, (1515-1536), huile sur bois (76,7 × 83,5 cm), musée des beaux-arts de Gand.

Psaume 4  dialogué  Vous tous les humains, pourquoi ce goût du vide ?
O   Quand je t'appelle au secours, réponds-moi !
A       Aujourd’hui encore, ô Dieu rétablis mon droit !
O   Quand j'étais opprimé, tu m'as rendu la liberté.
A       Alors je te prie : fais-moi la grâce de m’écouter !
O   Vous tous les humains, pourquoi ce goût du vide  
A       Pourquoi cette course à l’illusion et au morbide
O   Sachez-le, pour son ami, le Seigneur fait merveille
A       Celui qui l’appelle au secours, il l’écoute et le veille
O   Mettez votre esprit en éveil ! La nuit méditez en silence :
A      Faites ce que Dieu demande et apprenez la confiance.
O   Beaucoup se plaignent de ne pas trouver le bonheur.
A      Mais c’est toi qui mets la joie dans notre cœur !
O   Bien plus de joie que lorsqu’abondent leurs récoltes  
A      Car leur blé et leur vin ne peuvent apaiser leur révolte !
O  Moi, aussitôt couché, je peux m’endormir en paix  
A        Car toi seul me fais vivre en sécurité, je le sais. 
Psaume 4  dialogué  Vous tous les humains, pourquoi ce goût du vide ?
O   Quand je t'appelle au secours, réponds-moi !
A       Aujourd’hui encore, ô Dieu rétablis mon droit !
O   Quand j'étais opprimé, tu m'as rendu la liberté.
A       Alors je te prie : fais-moi la grâce de m’écouter !
O   Vous tous les humains, pourquoi ce goût du vide  
A       Pourquoi cette course à l’illusion et au morbide
O   Sachez-le, pour son ami, le Seigneur fait merveille
A       Celui qui l’appelle au secours, il l’écoute et le veille
O   Mettez votre esprit en éveil ! La nuit méditez en silence :
A      Faites ce que Dieu demande et apprenez la confiance.
O   Beaucoup se plaignent de ne pas trouver le bonheur.
A      Mais c’est toi qui mets la joie dans notre cœur !
O   Bien plus de joie que lorsqu’abondent leurs récoltes  
A      Car leur blé et leur vin ne peuvent apaiser leur révolte !
O  Moi, aussitôt couché, je peux m’endormir en paix  
A        Car toi seul me fais vivre en sécurité, je le sais. 
Difficile de s’y retrouver dans ce psaume qui met en balance un homme inquiet et tourmenté qui crie au secours . On ne sait pourtant pas très bien de quoi il souffre si ce n’est peut-être de voir la course au néant et à la vanité de tant de ses contemporains.
Mais l’oppriment-ils vraiment ? Se moquent-ils de lui ? Et si oui, est-bien méchant ? Si nous sommes dans une situation de détresse, elle est déjà pleine d'espérance et de confiance. La suite où on le voit, un peu moralisant mettre en garde « tous les humains » nous met sur un autre chemin : en lieu et place d’oppresseurs et d’adversaires, on a l’impression plutôt que notre poète fait face à une bande de fêtards et de bons vivants qui ont fait de bonnes affaires, - des récoltes abondantes, des vendanges fantastiques – et qui, peut-être, ont un peu exagéré avec leurs fêtes nocturnes prolongées...  Y a-t-il eu des paroles déplacées, mal contrôlées égratignant au passage le psalmiste peut-être le Seigneur lui-même ? On peut l’imaginer !
Le Psalmiste se sent blessé peut-être autant pour lui que pour Dieu et se sent surtout seul de son espèce et abandonné.
Il rappelle à Dieu que son honneur « sa gloire » est aussi la sienne (et inversément) et dans le même souffle il lui rapelle le fondement de la foi d’Israël : Dieu est un Dieu qui libère ! N’a-t-il pas autrefois a rendu la liberté à son peuple soumis lui aussi à l’hostilité de ceux qui ne le connaissaient pas. Ne peut-il pas changer cette situation ?
Mais prier, n’est-ce pas agir ? Cette évocation d’un Dieu qui libère et fait justice, d’un Dieu aimant et protecteur, semble en tous cas lui donner le courage d’interpeller cette humanité pathétique qui se détourne du Seigneur.
Cette humanité court à l’abîme car même si l’abondance des moissons et des vendanges semble lui procurer des moments de joie, elle n’est pas capable de répondre au vide existentiel qui la taraude : "qui nous fera voir le bonheur ?
La fin du psaume débouche sur une réponse en forme de témoignage : le bonheur, la joie, ne se trouve pas dans les pauvres fêtes humaines, ni dans la société de consommation, ni dans les avantages sociaux, ni dans la possession ni dans le pouvoir : ils sont en Dieu seul.
Le psalmiste en est convaincu et dans son poème – témoignage il donne fait quelques propositions : Echangez le néant pour le secret et le silence, le mensonge pour la confiance, la joie de la fête pour la joie que Dieu mets dans nos cœurs et vous trouverez, la paix, la sérénité, la confiance et un sens à votre vie.
La prière a apaisé le psalmiste comme la caresse à l'enfant qui a fait un cauchemar. La prière s'achève comme un point d'orgue : le psalmiste peut totalement s'abandonner, sans peur, à la confiance. 

Psaume 4 dialogué  Habiter la confiance

O = Officiant  A = Assemblée

O  Quand je crie au secours, réponds-moi, Dieu de justice !
A    Ecoute ma prière quand mes détresses se prolongent.
O  Fils des hommes, de quels outrages faut-il que je pâtisse,
A    Jusqu'où irez-vous dans la course au néant et au mensonge ?  

O  Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? »
A    Sachez que celui que le Seigneur a choisi n’a pas de rivaux.
O  J’ai confiance en lui, il met plus de joie dans mon coeur
A    Que n’en apporteront jamais moissons et vin nouveau  

O  Si vous êtes fâchés, ne vous mettez pas en tort,
A    Réfléchissez dans le secret de la nuit, faites silence
O  Dans la paix, moi je me couche  et je m’endors
A    Car le Seigneur me donne d’habiter dans la confiance.

chagall

Commentaire

Marc Chagall,
Job en prière,
lithographie 1963

Comme beaucoup de psaumes de supplication, ce court psaume mêle la supplication à l'action de grâce, le désarroi devant des souffrances qui se prolongent et la confiance née de la conviction que Dieu ne lâchera pas celui qu'il a choisi.
Prière individuelle ou supplique d'un peuple? Ce psaume est en tous cas riche de la tradition et de la foi d'Israël qui est ancrée dans l'histoire de la délivrance d'un peuple de l'esclavage. Le psalmiste s'inscrit dans cette foi en un Dieu juste qui sait ce qu'il fait, même si les apparences semblent contraires.
Il y a une certaine logique dans ce qui pourrait apparaître tout d'abord comme insensé et propre à semer le doute dans le coeur de certains: "Qui nous fera voir le bonheur?". En effet la supplication, comme toute demande, est une preuve de combativité et de confiance. Une confiance qui produit des fruits intérieurs: la joie et la paix qui nous mènent au shalom, à la réconciliation pleine et parfaite de mon être avec moi-même, les autres et Dieu, bref à la béatitude qui est le vrai bonheur! La joie dont il est question ici ne trouve pas sa source en l'homme, mais en Dieu. Elle est un don de Dieu et Jésus dans l'Evangile de Jean dira à ses disciples que cette joie "nul ne vous la ravira" (Jean 16 27).  Quand à la paix elle est du même ordre. Non pas la paix que nous offre le monde, toujours fragile, toujours en danger, à la merci du premier qui la rompra. Mais la paix qui surpasse toute intelligence (Philippiens 4:7) et qui nous permet de voir ce que les autres ne voient pas, d'être au milieu du tumulte du monde dans la plénitude de l'amour de Dieu.